You’ve got a friend in me

C’est avec mon amie Pauline du blog Une Bretonne en Amérique que nous avons décidé de faire ce tag des amies — ou plutôt, c’est Pauline qui m’a suggéré de reprendre mon blog après sa jachère de folie où j’ai fait l’expérience du fameux syndrome de « chais pas quoi écriiiiiire », aussi connu sous le nom de « tout m’énerve, j’me casse à Bali, et file-moi un Kinder Bueno » :-D
Vu qu’elle est, elle, dans une super routine de publications depuis la réouverture de son blog, elle a voulu m’aider pour que je sorte de mon hibernation et m’a donc proposé de faire un article en commun —> ça sert à ça les amies!
Nous allons chacune répondre à des questions concernant l’autre, et ajouter ensuite nos commentaires.

Screen Shot 2018-03-04 at 7.06.05 PM
Inner Harbor, Baltimore MD, début 2012

Quand et comment as-tu rencontré ton amie?
Nous nous sommes contactées fin 2011 via un site concernant les visas pour venir aux USA. On était dans la même catégorie, on avait sensiblement le même âge (je suis née en 87, Pauline en 86), et nous vivions pas loin l’une de l’autre. Nous avons parlé un peu puis nous avons mis quelques temps à nous voir en vrai car si je me souviens bien, Pauline était malade cet hiver-là. C’est début 2012 qu’on s’est vues pour la première fois. Elle est venue avec son mari à Baltimore (je vivais en ville, eux en banlieue) et on est allé manger une pizza à Fell’s Point. C’est marrant car au début on était coincées, on ne disait rien… quelques semaines plus tard, quand on a commencé nos jeudis matins cafés, on ne pouvait plus nous arrêter hahaha.

Pauline : Et bien, tu as beaucoup plus de mémoire que moi. Je ne me souvenais plus que j’étais malade lol

Quelle était ta première impression à son propos?
Qu’elle était vraiment très gentille, qu’on allait bien s’entendre. Je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais être acceptée dans une super fac quelques mois plus tard. Quand je suis partie de Baltimore pour aller en Master à Ithaca, j’ai pleuré… et je suis revenue la voir le 4 juillet alors que j’étais partie depuis un peu plus d’un mois!

Pauline : Tu avais donc raison, on s’est bien entendues. Oui j’ai été très triste de ton départ.

Screen Shot 2018-03-04 at 6.18.56 PMmatch de baseball des Orioles, printemps 2012


Quel est ton meilleur souvenir avec elle?

Tous nos rendez-vous cafés! À l’époque, j’étais prof remplaçante et Pauline cherchait un emploi — ou peut-être qu’elle travaillait déjà à Target, je ne suis plus sûre. Mais on s’arrangeait pour que le jour où elle était libre (au début, c’était le jeudi) je ne prenne pas de replacement. Je sautais dans le tram vers 7h15, puis elle venait me chercher à l’arrêt le plus proche de chez elle. On s’installait au Caribou Coffee de Hunt Valley et on papotait en attendant que les magasins ouvrent à 10h… Ah, j’en suis toute nostalgique. Ensuite, on allait manger le déjeuner chez elle. Parfois je rentrais en tram, parfois son mari voulait aller en ville à Baltimore donc on repartait ensemble et on continuait la journée comme ça. Je pouvais facilement rentrer chez moi à pied ensuite, j’habitais Little Italy.

Pauline : Oui cela me rend nostalgique aussi. Dans mes souvenirs je croyais que c’était tombé sur un jour en commun, je ne me souvenais plus que tu faisais en sorte de pouvoir me voir 💓

Si tu devais la décrire en un seul mot?
Adorable.

Pauline : Merci

Tu vas faire un sandwich pour ton amie. Qu’est-ce que tu mets dedans?
Du salami!!!

Pauline : Et bien plus les années passent et plus un simple jambon beurre baguette me fait plaisir. C’est aussi ce que Gene aime manger depuis notre deuxième voyage en France lol. Mais tu n’es pas loin avec le salami. En fait le salami d’ici, c’est la rosette en France. Miammmmm avec des chips de pommes de terre mmmmmm

Si ton amie et toi pouviez vivre n’importe où dans le monde, ça serait où, et pourquoi?
On vivrait en France bien sûr! On en parle souvent, et je crois qu’on irait toutes les deux en Bretagne. C’est la région d’origine de Pauline, mais c’est aussi une région que j’affectionne beaucoup. Si je devais me réinstaller en France, ça serait la Bretagne ou la Normandie, pour les paysages, la nourriture (bon, moi j’aime beaucoup le poisson et pas Pauline, mais il reste les crêpes héhé) et l’océan.

Pauline : Et bien c’est marrant parce que tu me l’as dit, mais comme j’étais restée sur l’idée que tu ne voulais pas vraiment la France lol j’ai oublié. Comment oublier ma BRETAGNE. Ce serait définitivement le lieu. Et oui je suis d’accord avec les paysages, les crêpes et l’océan. Cela me manque….

Qui prend le plus de temps à se préparer le matin?
Ouh là… On est pas du tout du genre à se mettre plein de maquillage ou à se passer les cheveux au fer le matin, donc je dirais ex-aequo prêtes en moins de 20 minutes dans la salle de bains.

Pauline : Maintenant on doit être pareilles. Je préfère dormir un peu plus que de passer plus de temps à me préparer, pour quoi ? Me retrouver devant un pc toute la journée lol et être au téléphone avec les gens lol

Screen Shot 2018-03-05 at 5.54.38 PMavant mon départ pour l’état de NY,
nous avons fait une après-midi laser game
et je m’étais tué le genou lors d’un
plongeon monumental mais qui valait le coup hahaha

Quelle est la saison préférée de ton amie?
L’automne. Pauline est une grande fan de bougies, de trucs qui sentent la citrouille, et elle adore quand enfin l’air lourd de l’été hyper chaud de Pennsylvanie laisse enfin place à la fraicheur.

Pauline : Ohhh oui que la chaleur de l’été s’en aille en septembre lol. Moi j’hiberne pas en hiver lol mais en été. Bon j’exagère un peu mais comme mon grand père disait quand il faisait chaud, c’est un sale temps pour les bêtes grasses lol. Et je suis tout à fait d’accord avec ça. Non mais j’aime ce que l’automne apporte avec lui, ses couleurs, ses senteurs …

Quelle est sa chanson préférée?
Je ne sais pas, j’avoue.

Pauline : Je ne saurais te dire en fait. J’en ai tellement. Tout comme toi, cela varie.

Quel est son groupe préféré?
Lady Antebellum… je me jette un peu au hasard là, héhé. Mon deuxième choix aurait été Kelly Clarkson, et mon troisième Carrie Underwood.
Pour le français, c’est Julie Zenatti bien évidemment! (j’ai raison, j’ai raison?!? :-P )

Pauline : Alors tu n’as pas faux sur ceux que tu as cité mais un de mes groupes préférés est Daughtry. Mais suivi de très très près part Lady A. En chanteuse oui j’aurais toujours une relation particulière avec Julie Zenatti. Bien tu retiens. Tu as oublié Patrick Fiori lol

Quel est son animal préféré?
Les chiens Pomeranians.

Pauline : Tu as raisons pour les chiens, même si j’ai un penchant pour les Pomeranians, j’ai de plus en plus d’autres races que j’aime bien. De toute façon, on verra le jour où cela arrivera. Ce sera peut être une race complètement différente lol

Quelle est sa couleur préférée?
Le gris!

Pauline : Alors je n’ai pas vraiment de couleur préférée. Mais c’est vrai que j’aime le gris.

Quel est son film préféré?
Euh… je ne sais pas, mais je peux vous dire un film qu’elle n’a pas aimé et pendant lequel elle m’a soutenue par texto quand moi aussi j’ai du m’y atteler pour faire plaisir au Viking: Le retour du Jedi, hahaha. Avant d’aller voir Rogue One et The Force Awakens, je l’avais consultée pour savoir si j’allais pouvoir tenir :-D
Elle m’a dit « nan vas-y il est bien, puis tu verras y’a un petit robot trop mignon dedans ».

Pauline : Oui le dernier Star Wars était horrible. Je ne saurais dire un film en particulier mais peut être pour en choisir un, Titanic. Parce que Leonardo DiCaprio est mon acteur préféré. Et que au moment de la sortie du film, j’en étais une grande fan. Il me fallait tout sur ce film, je l’ai vu 7 fois au cinéma et à l époque c’était beaucoup pour mon âge. J’y étais même allé toute seule pour le revoir après avoir été avec toutes mes copines, ma famille …

Qu’est-ce qu’elle adore manger?
Des saucisses, des cotelettes de porc, des pommes de terre cuites au barbecue, du steak…

Pauline : Pas faux. Mais tout ce qui est pomme de terre j’adore. Même si un de mes plats préféré est : escalopes à la crème avec du riz jasmin. MIAM

Screen Shot 2018-03-04 at 6.28.16 PMMemorial Day 2015

Quelle est sa série préférée?
J’hésite entre Vampire Diaries et Supernatural, mais dernièrement on a pas mal parlé de Flash alors tout est possible, héhé. Je sais qu’elle aime aussi beaucoup Dawson, One Tree Hill, et Smallville.

Pauline : Tu n’es pas loin du tout du tout. Ma série préférée reste Supernatural. Cela fait 13 saisons que je la suis et je ne m’en lasse pas du tout. Je ne veux pas qu’elle s’arrête. Mais sinon oui, j’aimais bien ces autres séries.

Nomme trois trucs que ton amie prendrait avec elle sur une ile déserte.
Un chapeau, des lunettes de soleil, une peluche.

Pauline : Une peluche ?!?! Lol Je ne sais pas pourquoi tu dis ça lol

Qu’est-ce que tu admires le plus chez ton amie?
Son adorabilité! Non mais sérieusement, faut que je le redise, Pauline est quelqu’un qui est profondément gentille et quand on la connait, ça transpire de tout son être.

Pauline : Ohhhhhhh tu vas me faire pleurer, c’est adorable.

Si ton amie rencontrait un génie, quel serait le souhait qu’elle voudrait voir réalisé?
Pouvoir retourner vivre en France et y fonder une famille, sans devoir se soucier des contingents matériels et financiers.

Pauline : Oui tu as bien raison, sans hésitation.

Nomme une chose que vous adorez faire ensemble.
Parler français tout en buvant un café.

Pauline : Entre toi et moi, je me demande combien de fois on a dit café dans ce tag lol.

Screen Shot 2018-03-04 at 6.19.14 PMweekend de Memorial Day 2015

Tu commandes une pizza pour ton amie. Quelle garniture choisis-tu?
Pepperonis, oignons et poivrons.

Pauline : Oui très bon choix. Mais ma préférée est une pizza sauce barbecue avec morceaux de poulets, oignons et ananas.

Que fait ton amie pendant une journée de repos?
Elle fait pas mal de choses chez elle style lessive, ménage, parfois quelques courses, et elle téléphone à ses parents en France. Elle regarde des vidéos youtube, lit des blogs. Elle me raconte des trucs sur Messenger le samedi matin héhé, et si elle a le temps elle écrit son blog et l’ébauche de roman qu’elle a en cours!

Pauline : Parfaitement ça ! Tu sais tout !

Quand elle était enfant, qu’est-ce que ton amie disait vouloir faire plus tard?
Elle voulait avoir plein d’enfants et prendre le temps de les élever. Elle est allée en fac d’histoire, mais je ne me souviens pas si elle m’a déjà dit qu’elle voulait enseigner l’histoire — ou être prof des écoles peut-être?

Pauline : Oui pour les enfants c’est vrai. J’ai voulu faire trois choses en fait : J’ai eu envie d’être chanteuse lol, j’ai aussi eu envie d’être journaliste et avant de partir au pair j’ai eu envie de faire psychologie parce que (et tu vas rire avec ton FBI), je pensais faire CSI lol J’ai oublié le nom mais cela me fascinait la façon de résoudre des crimes par la psychologie du suspect.

Screen Shot 2018-03-04 at 6.44.25 PMj’avais cette photo de nous au travail,
au mur à côté de mon bureau — là c’est quand
j’ai tout décroché en partant
et que je lui ai envoyé par texto

Que ferait ton amie si elle gagnait au loto?
Elle ferait un bébé!

Pauline : Ouiiiiiiii lol et j’achèterais une maison en Bretagne sur la côte avec une vue sur l’océan et une belle cuisine :)

Si ton amie avait un super pouvoir, ça serait quoi? Pour quelle(s) raison(s)?
Elle choisirait de pouvoir se téléporter, comme ça elle pourrait aller voir sa famille en France dès qu’elle le souhaite. Sa première nièce vient de naitre et c’est dur de se dire qu’elle ne la verra pas avant au moins Noël.

Pauline : Oui lol j’aimerais pouvoir me téléporter lol je crois que c’est un pouvoir que beaucoup d’expatriés veulent avoir.

Si ton amie pouvait être super douée en une chose, qu’est-ce que ça serait?
La couture de peluches et doudous pour bébés. Elle est déjà douée, et je sais qu’elle voudrait pouvoir faire moins de prototypes et faire plus de choix dans ce qu’elle propose.

Pauline : Oui j’y avais pas pensé mais c’est vrai. :D

Screen Shot 2018-03-04 at 6.19.31 PMjuillet 2017

Ah ma Pauline… On ne se voit pas assez souvent! On essaie de faire au mieux vu la distance géographique. Du Vermont, je n’ai jamais été aussi loin! Enfin sauf quand je vivais à Nouakchott hahaha.
Il n’y a pas de photo de 2014 car j’étais donc en Afrique — c’est d’ailleurs Pauline qui m’a accueillie à mon retour <3
Il n’y a pas non plus de photo de 2016 car j’étais enceinte, avec ma grossesse à risque je n’avais pas le droit de voyager.

Alors voilà pour les infos sur Pauline!
Vous pouvez retrouver ses réponses me concernant sur son blog: Une Bretonne en Amérique.

D’autres articles qui concernent Pauline:
Transmission Interrupted
Baltimore Highlights (mot de passe: citronvert)

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Comprendre, pardonner, avancer

Trois verbes qui résonnent en moi.
Je les ai mis plus ou moins dans l’ordre: comprendre, d’abord. Tout comportement humain peut être expliqué, ce qui ne signifie pas qu’il est excusable.
Pardonner et avancer sont interchangeables; certains doivent pardonner pour avancer, d’autres doivent avancer pour pardonner. D’autres encore feront un peu des deux en même temps, je crois que c’est mon cas. Chaque jour, j’avance, et je me rapproche un peu de ce pardon que je cherche à atteindre. Mais chaque jour, je me demande aussi si ces violences sont pardonnables. Peut-être pas toutes? C’est en avançant que je vais le découvrir.

Ce pardon, j’ai parfois l’impression que je me le suis mis en objectif. J’essaie de sortir de ce schéma. C’est le chemin qui est important, ce que j’y apprends sur moi-même, ce que je construis, ce que je me donne et ce que je donne aux autres. C’est facile de se laisser alpaguer par la promesse d’un pardon qui déboucherait sur une relation neutre avec mes parents. Au fond, l’objectif de ce pardon est mon bien-être et non pas la quête de leur amour.

Je ne compte plus les gens qui m’ont dit « mais siiii, tes parents t’ont aimée et t’aiment encore ». Je ne sais pas si c’est dans le but de me rassurer. Si c’est le cas, c’est encore pire parce que ça signifie que l’amour permet la douleur et la souffrance. Peut-être même que ça les justifie. Combien de fois avons-nous entendu « c’est pour son bien » d’un parent qui contrôle, qui baffe, qui met une fessée, qui rabaisse son enfant « pour qu’il comprenne ».
Croire en cet amour, ce n’est pas ce dont j’ai besoin pour avancer, au contraire. J’ai besoin d’accepter que mes parents ne m’ont pas aimée (à la rigueur, pour les utra-positifs ou les gens qui pensent qu’on aime forcément ses enfants juste parce qu’ils sont génétiquement proches de nous-mêmes, qu’ils m’ont mal aimée) et j’ai besoin de voir que grâce au chemin que je fais, à la compréhension que j’acquiers et au pardon auquel je parviens, je peux me construire sans cet amour. Grâce à… l’amour et le respect de moi-même.

Le pardon que je cherche à atteindre est uniquement pour moi.
C’est mon amie F. qui m’en a beaucoup parlé et qui m’a permis de comprendre le vrai sens de ce pardon. Je la citerai donc ici : pardonner signifie ne plus tenir rigueur. Une personne qui pardonne, c’est une personne qui ne cherche plus à se venger, c’est une personne qui est libre de son passé. Pardonner ne signifie pas tomber dans les bras de celui qui nous a fait du mal, mais signifie qu’on peut vivre avec l’idée de ce qu’il nous a fait sans vouloir le lui faire payer. Si je parviens au pardon, c’est que je suis capable de dire « je te pardonne maman, je te pardonne papa, de ne pas avoir pu remplir tes devoirs de parents, de ne pas avoir su respecter mes droits en tant qu’enfant, et je te rends ta liberté ».

Le pardon qui débouche sur une réouverture de la relation n’est possible que si les agresseurs acceptent de se repentir.
Mon amie F m’a donné un bon exemple, certes « simpliste » mais très parlant:
X a été frappée pendant dix ans à coups de bâton par Y.
X se rend compte que cette situation n’est pas normale. X écrit donc à Y pour lui en parler (plus facile que de le lui dire en face, afin de ne pas risquer de nouveaux coups de bâton). 
X lui dit, « Ces dix années à recevoir des coups de bâton, ce n’est pas normal, ce n’est pas mérité, ça ne peut plus durer. De mon côté, je suis prête à te pardonner dès que tu auras compris que c’est mal et que tu ne recommenceras plus jamais ». 
Y lit la lettre et répond « Je ne vois pas de quoi tu parles. Les coups de bâton, c’est normal, ça doit se passer comme ça. Après tout, moi aussi j’en ai reçu pendant des années de Z, je n’en suis pas morte. »  (—> nous avons ici un élément qui permet l’explication, la compréhension)
Si X retourne voir Y ainsi, elle va donc se reprendre des coups de bâtons. Il faut que Y ait l’intention de changer pour que ce pardon puisse déboucher sur quelque chose. 

Je cherche encore à comprendre les raisons de ce mal.
C’est plus complexe car si ma mère parlait de son enfance et de celle de mon père, sans entrer dans les détails, elle n’a jamais vraiment émis une opinion sur le « bien » et le « mal » des faits. Elle me disait, par exemple, que le frère ainé de mon père bégaie car mon grand-père le frappait beaucoup. Elle me disait aussi que petite, sa mère les frappait en disant que l’ordre venait de leur père, et ce avec une ceinture. Le reste est donc laissé à mon interprétation, y compris ce que j’ai vu de ma mère en grandissant.

Être frappé avec une ceinture: non seulement il y a la violence elle-même, mais toute la montée en puissance, la préparation de l’acte. Le parent n’arrive pas sur son enfant par surprise en utilisant la ceinture comme le lasso de zorro. Le parent prévient l’enfant, le fait se mettre dans une position qui place la zone à frapper de façon proéminente (les fesses, je suppose) : non seulement l’enfant est violenté mais il est sujet à cette torture de savoir qu’il se soumet à l’exigence de son parent de se faire frapper, le stress de savoir qu’il va se faire frapper monte en lui. Je comprends donc que ma mère, qui a été torturée et violentée ainsi, a alors accumulé de la colère, de la rage envers ses propres parents. Elle n’a pas su se séparer de ces émotions autrement qu’en faisant payer cette horrible douleur à ses enfants. Bien sûr, ça ne l’excuse en rien: elle est adulte, elle est responsable de ses actes, elle a la capacité de réfléchir et de choisir de faire autrement. Quand bien même elle aurait « dérapé » une fois, fruit de son inconscient d’enfant frappée, quid de toutes les autres fois? Comment pouvait-elle nous dire ensuite que nous avions « de la chance » qu’elle ne nous frappe qu’avec la main et la cuillère en bois, et non pas la ceinture?

Il y a quelque chose dans l’enfance de ma mère qui lui a donné une peur affreuse d’être non-aimée et abandonnée. La façon dont elle traite ma grand-mère, par exemple, en est une indication: elle se plie en quatre pour lui plaire, mais se plaint aux autres qu’elle se fait manipuler par cette mère qui menace de se laisser mourir si on la laisse seule. Elle lui parle de façon très agressive, parce qu’il y a sans doute en elle ce sentiment de haine qu’elle s’est toujours refusé d’exprimer directement. Elle est tant en colère envers celle qui l’a visiblement mal aimée et dont elle continue de chercher l’amour.
Sa relation avec mon père en est aussi le témoin, ainsi que ses multiples accusations envers nous, « sa famille qui s’en fiche d’elle ».
Ma mère se réfugie fréquemment dans la nourriture. Elle mange de grosses quantités, vite, et a d’ailleurs toujours dit que quand elle va mal, elle mange (comme beaucoup d’autres). Elle cherche donc à remplir un vide, crée je pense par sa propre enfance.
Voilà des années que nous la regardions manger des pâtes en quatrième vitesse, de façon goulue, et se plaquer les mains au niveau du sternum en disant « j’arrive plus à respirer! ». Si mon père ou moi lui disions « peut-être que tu devrais essayer de manger moins vite », elle répliquait avec une colère démesurée que de toute façon, tout le monde s’en fiche d’elle dans cette famille et que si elle mourrait, ça ne nous ferait ni chaud ni froid. Il est intéressant de reveler que jamais un tel événement ne s’est produit à l’extérieur de la maison.
J’ai le souvenir d’un soir où nous visionnons un film en famille. Ma mère avait un seau de pop-corn sur les genoux et grignotait. Le pop-corn, par sa nature, peut facilement irriter la gorge. Ma mère, qui s’est retrouvé avec un bout l’irritant, a paniqué, persuadée qu’elle était en train de s’étouffer. Je comprends la peur de s’étouffer: je me suis un jour coincé un bonbon style Ricola au fond de la gorge et je suis allée le chercher moi-même avec mes doigts car l’air ne passait plus, je ne pouvais pas parler pour demander de l’aide.
Ma mère hurlait et toussait, mais c’est ce qui s’en est suivi qui laisse pantois: elle s’insurgeait contre mon père n’était pas venu immédiatement à son secours et l’accusait de ne pas se soucier de sa mort imminente. « Personne ne s’occupe de moi dans cette baraque, on peut mourir et tout le monde s’en fout ». Elle est alors partie en trombe pour cracher et se racler bruyamment la gorge dans la cuisine, au dessus de l’évier. Quand je suis allée voir s’il elle allait bien (par culpabilité?), je me suis faite incendier « fous moi la paix, si je meurs vous allez être seuls avec votre père, il sait rien faire, ça sera bien fait pour vous ». Ce jour-là, seul mon frère a obtenu grâce à ses yeux.

Mon père s’est presque pris une patate ce soir-là quand il est allé à son tour voir si elle allait bien, tandis qu’elle répétait en hurlant « on peut mourir dans cette baraque, personne ne s’en inquiète ». Je trouve que mon père avait la plupart du temps la bonne solution, du moins au début de « la crise »: il n’entrait pas dans son jeu, mais se laissait suffisamment culpabiliser, pour lui prouver qu’il l’aimait, ce qui remplaçait une excuse pour quelque faute qu’il n’avait pas commis. Non, elle ne voulait pas qu’il lui fasse un Heimlich pour un bout de pop-corn irritant, elle voulait qu’il lui dise qu’elle comptait pour lui.
Je crois que mes parents avaient d’immenses problèmes de couple, ils n’en parlaient pas. Ma mère lui faisait payer des choses dont elle l’estimait coupable, sans le lui énoncer, et mon père ne comprenait pas ce qu’il devait faire pour se racheter. Sa solution? La fuite. Le boulot, la fête avec les copains, la boisson.

Ce genre de menaces de nous laisser « seul avec notre père » était assez fréquentes: ma mère, énervée, disait souvent qu’elle allait « foutre le camp toute seule, je ne vous veux pas, vous n’avez qu’à rester avec votre père ».
Était-ce l’expression de l’abandon que ma mère a vécu? Ma grand-mère, renversée par une voiture, a été hospitalisée plusieurs mois alors que ma mère était toute petite. Elle, elle a réchappé de cet accident avec seulement un bras cassé. Elle a alors été « placée » chez son oncle et sa tante, qui la frappaient elle et son petit frère, jusqu’à ce que ma grand-mère revienne à la maison. Ma mère m’a raconté qu’ils se prenaient des coups pour tout, notamment une mauvaise position assise à table et des coudes qui touchent la nappe.  Elle nous disait d’ailleurs de nous « estimer heureux » mon frère et moi puisqu’elle nous autorisait à poser les bras sur la table.
Était-ce l’expression du mal-être d’avoir appris que ma grand-mère avait eu l’intention de les tuer? C’est une histoire choquante. Mon grand-père et deux de mes oncles se sont retrouvés dans un accident de voiture grave. Ils étaient hospitalisés longtemps, l’un était dans le coma. Ma grand-mère a dit qu’en cas de mort (mais je ne sais pas si elle voulait dire la mort de son mari ou la mort des trois), elle avait comme projet de mettre de la mort aux rats dans la nourriture, afin de tuer ma mère, le petit frère, et elle-même. Elle l’a tellement raconté que c’est impossible de ne pas s’en voir marquée. Ma mère a vécu toute sa vie en sachant qu’elle a échappé à un meurtre.

Si on remonte encore plus loin, c’est l’histoire de ma grand-mère maternelle qu’il faut explorer. Un passé lourd, secret, caché, déguisé. Une mère qui est morte sous les coups de fusil du père, dans de douteuses circonstances, alors que ma grand-mère n’avait que deux ans. Il tirait les pigeons, elle faisait ses besoins aux toilettes qui se trouvaient à l’extérieur, par « erreur » il lui a tiré dans le ventre.
Était-ce vraiment un accident? Comment a-t-il pu confondre le pigeon et les toilettes? Est-il allé en prison? Ma grand-mère affirme que non, qu’elle n’est pas morte sur le coup, qu’elle a juré à la police que ce n’était pas de sa faute… mais ma grand-mère n’a pas vu son père plusieurs années après cela. Où était-il, si ce n’est incarcéré?
Ma grand-mère venait d’avoir une soeur, trois mois auparavant. Est-il possible que sa mère se soit suicidée à cause d’une dépression post-partum? Que tout ça a été maquillé en accident, parce qu’ils étaient catholiques et qu’ils voulaient lui donner une sépulture?
Un secret de famille, qui a des conséquences sur trois générations.

Je sais que je n’aurais jamais toutes les réponses. Je sais que certaines choses sont enterrées avec mes ancêtres; on ne découvrira sans doute jamais la réelle cause de la mort de mon arrière grand-mère. Cela ne doit pas empêcher de casser le cercle vicieux des secrets de famille. Je ne tairai pas les violences qui m’ont été faites à Oscar. Je lui expliquerai, le moment venu, avec des mots adaptés à son âge, pourquoi la relation que j’ai avec mes parents est comme elle est.

J’essaie d’explorer une piste à la fois. Je sais peu de choses sur l’enfance de mon père, et nous étions très peu en contact avec sa famille. Ma mère exigeait que le côté maternel prime; j’ai peut-être déjeuné dix fois chez mes grand-parents paternels dans toute ma vie!
Pourquoi ma mère restait-elle tant accrochée à cette famille largement toxique? Pourquoi disait-elle qu’elle n’avait pas d’amies filles, qu’elle est « très famille »? Pourquoi surtout pense-t-elle que c’est incompatible?
Pourquoi est-elle visiblement heureuse quand mon frère dit que son plus grand souhait c’est « de vivre dans une maison avec les parents et mémé, tous ensemble » et qu’elle est encore plus satisfaite quand il m’insulte, me traite d’ingrate, d’égoïste, d’incapable d’aimer quand je signifie que non, pour moi, ce n’est pas du tout quelque chose d’envisageable?
Tellement de questions, peu de réponses, mais déjà sur le chemin.

 

Nomination au Liebster Award

Mon amie Pauline m’a nominée à cet award qui consiste à faire un peu de pub aux blogs considérés comme méritants. Ça me ravit parce qu’en effet, ce blog a commencé comme un simple moyen de montrer un peu ce qu’il y a dans le coin à ma famille et à des amis, mais ça me dirait bien d’entrer en contact avec des inconnus!

Je vais donc répondre à 11 questions qu’elle me pose, et puis je vais donner 11 faits jusqu’alors « secrets » à propos de moi.

liebster award

Les 11 questions

1. Quelle est ta plus grande passion?
J’hésite entre manger (j’adore la bouffe!) et faire de la photo. Il peut faire un temps de chien, si tu me dis « Viens, on va en excursion photo », je cours! Mais j’aime aussi essayer des recettes et bien manger. J’aime cuisiner, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus car je ne snobe pas la nourriture des restaurants. Parmi ce que je préfère, on retrouve tout ce qui est asiatique et indien, mais aussi les plats traditionnels de ma région d’origine.

2. Quel est ton livre préféré?
J’ai adoré Dora Bruder, de Patrick Modiano. J’ai aussi beaucoup aimé In The Woods, de Tana French et Then Came You de Jennifer Weiner. Je suis presque certaine que les deux derniers ont été traduits en français, parce que Weiner est dans le top des listes de lectures du NYTimes et parce que Tana French est irlandaise et son roman se passe en Irlande. Et pour finir, The Last Summer Of You And Me, d’Ann Brashares, bien que ça ne soit pas un livre exceptionnel, je le porte dans mon coeur car c’est le roman en anglais que j’ai acheté en arrivant aux USA en août 2009 et que j’ai passionnément lu sur la plage en soulignant les passages difficiles et en demandant de l’aide pour comprendre.
Ces 4 livres sont très différents: Dora Bruder est l’autobiographie romancée de l’auteur qui part à la recherche de faits sur une petite fille juive disparue pendant la guerre; In The Woods est un roman policier dans lequel un inspecteur traumatisé est rattrapé par son passé lors d’une enquête pour meurtre; Then Came You suit quatre personnages dont les vies vont se croiser pour le meilleur ou pour le pire; The Last Summer Of You And Me est une histoire de soeurs et de leur meilleur ami, un peu amoureux des deux. Évidemment je vous les conseille tous!

3. Quel est ton achat futile le plus démesuré?
Il y a quelques années, j’étais très fan de la marque Arthur&Aston et je leur ai acheté un magnifique portefeuille en cuir pour un prix assez élevé. Je m’en suis lassée assez vite…

4. Quelle est ta boisson préférée?
Le thé, surtout le thé blanc à la pêche et le thé vert à la menthe. J’aime beaucoup le café mais j’essaie de me maitriser.

5. Quand tu blogues, que fais-tu à côté pour te donner de l’inspiration?
J’écoute rarement de la musique quand j’écris, je préfère le silence pour me concentrer. À tous les coups, je bois un mug de thé en même temps!

6. Quelle a été la (ou les) raison(s) qui t’ont poussée à créer ce blog?
Je voulais partager ma joie d’être revenue aux US après mon périple africain. Dans mon désert, il y avait si peu de choses à voir et à faire que j’étais extatique à l’idée de parler tourisme. Mais parfois, l’Afrique me manque.

7. Quel est le dernier film que tu as regardé? (à la TV ou au ciné)
Je suis allée voir Saint Vincent, avec Melissa McCarthy et Bill Murray. C’était hilarant et très émouvant.

8. Ton dernier coup de blues c’était quand, et pourquoi?
Lundi dernier, après une discussion avec une collègue de travail qui m’a dit quelque chose de blessant.

9. Ton dernier coup de coeur c’était quand et pour quoi ou pour qui?
Un sac (bah oui, on ne se refait pas, haha) en cuir de la marque Fossil. Vous pouvez aller le voir ici.

10. Je te donne une baguette magique et tu peux exercer le métier de tes rêves, que deviens-tu?
Je deviens photographe autour du monde.

11. L’humoriste qui te fait hurler de rire, ou celui que tu ne trouves absolument pas drôle?
Je regarde souvent Le Petit Journal et j’adore la séquence de Catherine et Liliane. Parfois je suis au bord de me faire pipi dessus!
L’humoriste que je ne peux point saquer? Dieudonné. Je crois que ce choix se passe d’explications…

 

Les 11 détails

  1. J’ai vraiment très peur des araignées
  2. Je peux traiter quelqu’un de s*lope en Latin
  3. J’ai faim toutes les deux heures
  4. Dans la même veine, si je ne mange pas mon goûter à 16h, je me transforme
  5. J’ai des trucs à manger dans le tiroir de mon bureau au boulot, on ne sait jamais :-P
  6. Je suis très maladroite, je renverse des trucs tout le temps et partout
  7. Petite, j’étais super fan de Patrick Bruel, que je trouvais trop beau et j’embrassais des photos de lui avant d’aller au lit
  8. J’ai horreur des conflits mais avec l’âge j’ai appris à m’affirmer
  9. J’aime commander de la bouffe chinoise un jour de pluie
  10. Je n’ai pas bu d’alcool avant mes 22 ans
  11. Je fais confiance à très peu de personnes au volant, si ce n’est pas moi qui conduis